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Ça y est : on sait désormais mesurer le Corporate Bullshit avec le Corporate Bullshit Receptivity Scale (CBSR)

Ça y est : on peut mesurer le creux ! avec le Corporate Bullshit Receptivity Scale (CBSR)


Dans notre propension moderne à tout mesurer – la performance, l’engagement, le climat social, l’intelligence émotionnelle ou le bonheur au travail – on vient de franchir une nouvelle étape.

Nous pouvons désormais mesurer le creux. On peut mesurer le Bullshit !

Plus précisément : la capacité des individus à être impressionnés par un discours managérial creux.



L’étude suivante [ Littrell, S. (2026). The Corporate Bullshit Receptivity Scale: Development, validation, and associations with workplace outcomes. Personality and Individual Differences, 255, 113699. https://doi.org/10.1016/j.paid.2026.113699] propose en effet une échelle scientifique baptisée Corporate Bullshit Receptivity Scale (CBSR). Autrement dit : une mesure de la réceptivité au bullshit corporate.


Le principe est simple. On présente à des participants [L’étude a porté sur 4 cohortes pour 1018 participants au total] des phrases inspirées du langage managérial actuel, remplis de buzzwords et de concepts stratégiques plus ou moins vaporeux. Des phrases grammaticalement correctes, mais dont la sens frôle parfois le néant.


Exemple typique:

Working at the intersection of cross-collateralization and blue-sky thinking, we will actualize a renewed level of cradle-to-grave credentialing and end-state vision.


Bref, un langage qui sonne profond mais ne dit pas grand-chose.


 Les participants doivent ensuite indiquer dans quelle mesure ces phrases donnent l’impression que leur auteur possède une forte compétence ou intelligence en matière de management et de stratégie.


Les différentes conclusions de l’étude :

 

Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres

Tout le monde ne réagit pas de la même manière à ce type de discours.

Certaines personnes sont très peu impressionnées par ces phrases. D’autres, au contraire, y voient une forte manifestation de compétence stratégique.

Il existe donc une variabilité individuelle dans la capacité à prendre le bullshit au sérieux.

Le creux, manifestement, n’impressionne pas tout le monde de la même façon. Bon jusque-là, tout va bien.

 

Le lien avec la pensée analytique

Les résultats deviennent particulièrement intéressants lorsque les chercheurs examinent le profil cognitif des participants.

Relation entre pensée analytique et Corporate Bullshit

La réceptivité au Corporate Bullshit est négativement corrélée avec la pensée analytique ou de façon plus simple, les personnes qui ont un raisonnement plus critique ou analytique ont tendance à être moins impressionnées par ces formulations abstraites.


Et Inversement, les individus qui évaluent ces phrases comme très pertinentes sont aussi ceux qui obtiennent de moins bons résultats dans des tests de réflexion analytique. Et nous dit l’étude, sont plus susceptibles d’en produire elles-mêmes !


Ce qui, d’une certaine manière, pourrait vous donner quelques pistes pour identifier les profils autour de la table lors de votre prochaine réunion stratégique ! 


Le paradoxe du leadership inspirant

L’étude met en évidence un phénomène intéressant.

Les personnes les plus réceptives au bullshit corporate ont aussi tendance à :

  • Percevoir leurs leaders comme plus visionnaires

  • Être davantage inspirées par les missions d’entreprise

  • Faire plus confiance à leurs managers

Donc, pour certaines personnes, un discours abstrait et vaporeux peut donner l’impression de profondeur, de vision et de compétence et parfois suffit à produire de la crédibilité.  Il peut aussi fonctionner comme un signal de leadership.


Les conséquences dans les organisations sur la qualité des décisions ?

Que produit ce Corporate Bullshit ?

Les chercheurs ont évalué la capacité des participants à prendre de bonnes décisions dans des scénarios professionnels.

Résultat : plus la réceptivité au bullshit corporate est élevée, plus la qualité des décisions diminue.

Autrement dit, être touché par le langage managérial creux entraine des jugements professionnels de moins bonne qualité, en gros le flou entretient le flou.


 Un champ scientifique s’ouvre !!!

L’étude ne dit pas que tout langage stratégique est inutile. Les organisations ont besoin de visions, de récits et de concepts pour se coordonner et donner du sens à l’action collective.

Mais elle met en évidence les conséquences de la vacuité de certains discours managériaux, déconnecté du réel, qui produisent une illusion de compréhension et de profondeur tout en diminuant la qualité des décisions.

Après avoir mesuré la performance, l’engagement et la culture d’entreprise, la recherche en management vient peut-être d’ouvrir un nouveau champ.

Celui de la mesure scientifique des conséquences du creux.

 

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